{"id":341,"date":"2024-11-11T19:23:01","date_gmt":"2024-11-11T19:23:01","guid":{"rendered":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/?page_id=341"},"modified":"2025-04-18T11:57:56","modified_gmt":"2025-04-18T11:57:56","slug":"helene-joye-cagnard","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/titre\/helene-joye-cagnard\/","title":{"rendered":"H\u00e9l\u00e8ne Joye-Cagnard"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Texte du catalogue de Bellelay 2013<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e9tention<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">H\u00e9l\u00e8ne Joye-Cagnard<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sol se d\u00e9roberait-il sous les pieds du visiteur qui se rend dans l\u2019abbatiale de Bellelay en \u00e9t\u00e9 2013\u2009? De larges ouvertures b\u00e9antes semblent en effet ouvrir le sol. Mais ces trous se comblent bien vite, gr\u00e2ce aux reflets qui animent ce qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 des surfaces noires et brillantes. Des reflets toujours changeants, constitu\u00e9s par la lumi\u00e8re et l\u2019architecture du lieu dont ils redoublent la taille. Quelle est donc la mati\u00e8re qui compose cette surface noire\u2009? Point de verre, de miroir ou autre surface m\u00e9tallique polie\u2009; il s\u2019agit d\u2019un liquide, d\u2019un type bien particulier. Un liquide dont la viscosit\u00e9 garantit une certaine inertie et dont le noir profond engloutit le regard mais rejette l\u2019image \u00e9chou\u00e9e \u00e0 sa surface en la chargeant de noir\u2009: de la vulgaire huile de vidange de moteur, usag\u00e9e qui plus est, de camion diesel si possible. Si Romain Crelier a \u00e9lu cette substance, c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019en tant que dessinateur et graveur les diff\u00e9rentes qualit\u00e9s, densit\u00e9s de la couleur noire, \u00e0 travers ses divers m\u00e9diums (encre, mine de plomb, graphite\u2026), le fascinent. L\u2019huile sera test\u00e9e sur le papier dans un premier temps, puis tr\u00e8s vite utilis\u00e9e pour sa propre plasticit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1993, Romain Crelier r\u00e9alise une premi\u00e8re exp\u00e9rience avec de l\u2019huile de vidange usag\u00e9e. Il en remplit un cadre \u00e9pais fait d\u2019une double paroi de verre et bord\u00e9 de plomb. La forme rappelle une peinture dans son cadre, mais elle est pos\u00e9e verticalement au sol. Enfin pas directement au sol puisqu\u2019un bac de r\u00e9tention en t\u00f4le galvanis\u00e9e est plac\u00e9 sous elle dans le but d\u2019\u00e9viter toute contamination par une fuite accidentelle du liquide. C\u2019est uniquement le bac de r\u00e9tention qui \u00e9voque la fluidit\u00e9 de l\u2019huile et son caract\u00e8re dangereux. L\u2019important pour l\u2019artiste est la couleur, pas encore la substance elle-m\u00eame. Une substance dont l\u2019\u00e9paisseur de 25 millim\u00e8tres est calcul\u00e9e afin de suffire \u00e0 ne plus laisser transpara\u00eetre la lumi\u00e8re. La surface noire encadr\u00e9e, monochrome d\u2019un type particulier, dont l\u2019image s\u2019est absent\u00e9e, engendre cependant un reflet lisse et froid, et noirci\u2009: surface de projection pour le spectateur et de r\u00e9flexion pour le lieu. Cette \u0153uvre est montr\u00e9e par deux fois cette ann\u00e9e-l\u00e0 (lors d\u2019une exposition collective consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019autoportrait (!) \u00e0 l\u2019ancienne \u00e9glise des J\u00e9suites de Porrentruy, puis lors d\u2019une exposition personnelle \u00e0 la Galerie du Tilleul \u00e0 Perrefitte). Deux ans auparavant l\u2019artiste pr\u00e9sente, dans une exposition personnelle au Prieur\u00e9 de Grandgourt, au sol, une installation compos\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments identiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s &#8211; y compris des dessins sous verre -, conduisant le visiteur de l\u2019int\u00e9rieur vers l\u2019ext\u00e9rieur (ill. &#8211; installations \/ d\u00e9calage et pl\u00e2tre). Si le verre y prot\u00e8ge le dessin, son pouvoir r\u00e9fl\u00e9chissant est ici d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9. Et le plomb intervient \u00e9galement\u2009: son noir particulier avec ses nuances de gris est d\u2019un type \u00e0 int\u00e9resser le plasticien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re tentative de 1993 incite Romain Crelier \u00e0 pousser l\u2019exp\u00e9rimentation une \u0153uvre plus tard, la m\u00eame ann\u00e9e, pour une exposition collective, dans le couloir des Hospitali\u00e8res, au sous-sol du Mus\u00e9e de l\u2019H\u00f4tel-Dieu \u00e0 Porrentruy (ill. &#8211; sculptures-objets \/ carr\u00e9 noir mat). Le verre sera cette fois d\u00e9poli, absorbant la lumi\u00e8re, produisant un noir mat, sans reflet, sans profondeur. Avec le cadre en plomb, ce sont plut\u00f4t deux sortes de gris, proches du gris d\u2019ardoise, qui se r\u00e9pondent. Le bac de r\u00e9tention reste au sol, alors que la \u00ab\u2009peinture \u00e0 l\u2019huile\u2009\u00bb encadr\u00e9e est accroch\u00e9e au mur et judicieusement positionn\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 faire \u00e9cho formellement \u00e0 une ouverture aveugle du mur blanc, bord\u00e9e d\u2019un encadrement de pierre. L\u2019artiste cr\u00e9era une deuxi\u00e8me pi\u00e8ce avec du verre d\u00e9poli, mais ne poursuivra pas dans cette voie. En effet, en 1994, Romain Crelier revient d\u00e9finitivement \u00e0 la transparence et au reflet qui rend l\u2019environnement partie int\u00e9grante de l\u2019\u0153uvre. Dans son travail r\u00e9alis\u00e9 sp\u00e9cifiquement pour l\u2019ancienne usine Schaublin de Del\u00e9mont, il laisse l\u2019huile couler dans le bac de r\u00e9tention\u2009; elle peut d\u00e9sormais exprimer sa fluidit\u00e9 (ills. &#8211; installations \/ amnesty). Cette libert\u00e9 en partie retrouv\u00e9e reste cependant contrainte, sous le verre toujours pr\u00e9sent. Le souvenir de l\u2019acte de remplissage est clairement \u00e9voqu\u00e9 par deux orifices doubles, sortes de bouches model\u00e9es en suif de cave et non referm\u00e9es. La structure qui surplombe le bac est une allusion amus\u00e9e au cube de deux m\u00e8tres d\u2019ar\u00eate attribu\u00e9 \u00e0 chaque artiste participant \u00e0 cette exposition collective\u2009: des tubes d\u2019acier d\u00e9construisent les angles du volume tout en les multipliant puisqu\u2019ils se refl\u00e8tent sur le verre, ainsi que l\u2019environnement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1997, au Centre Rh\u00e9nan d\u2019Art Contemporain d\u2019Altkirch, lors de l\u2019exposition collective \u00ab\u2009Freie zone franche\u2009\u00bb, c\u2019est le retour au mur avec une suite de sept carr\u00e9s, dont les cadres en t\u00f4le d\u2019acier galvanis\u00e9e &#8211; qui gardent les traces de leur fabrication &#8211; gainent \u00e0 nouveau l\u2019huile sous verre (ill. &#8211; installation \/ sept carr\u00e9s noirs). L\u2019alternance r\u00e9guli\u00e8re du noir et du blanc du mur, lui-m\u00eame \u00e9galement encadr\u00e9 par la superstructure de l\u2019\u0153uvre, produit un effet de contraste fort, pourtant \u00e9quilibr\u00e9\u2009: ni le blanc ni le noir ne l\u2019emporte ici. Il s\u2019agit encore une fois d\u2019une r\u00e9alisation con\u00e7ue pour un lieu pr\u00e9cis et dans lequel elle s\u2019inscrit parfaitement. Le bac de r\u00e9tention est rehauss\u00e9, tel un socle qui viendrait souligner la s\u00e9rie et l\u2019unifier, mais il reste n\u00e9anmoins s\u00e9par\u00e9, forme autonome quasiment ind\u00e9pendante, volant presque la vedette aux carr\u00e9s qui le surplombent. La superstructure qui relie les sept \u00e9l\u00e9ments contient en germe l\u2019\u00e9tape suivante qui a lieu en 2000, pour l\u2019exposition collective \u00ab\u2009Jura\u2009\u00bb organis\u00e9e aux sotterranei dell\u2019arte \u00e0 l\u2019Antico Monastero delle Agostiniane de Monte Carasso \u00e0 Bellinzone (ills. &#8211; installations \/ r\u00e9seau). L\u2019huile passe maintenant d\u2019un cadre \u00e0 l\u2019autre au moyen de tuyaux. L\u2019\u0153uvre s\u00e9rielle se compose d\u2019un \u00ab\u2009kit de base\u2009\u00bb, comme le d\u00e9crit lui-m\u00eame Romain Crelier, pouvant se r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 volont\u00e9 &#8211; ici sept fois &#8211; par le branchement des tuyaux. Le tuyau de remplissage est laiss\u00e9 visible, ainsi que l\u2019entonnoir qui sert \u00e0 le remplir et deux embouts, le tout \u00e9voquant la possibilit\u00e9 de connexion, horizontalement ou verticalement, et surtout de remplissage et de vidage. Ou quand une \u0153uvre est-elle \u00ab\u2009pleine\u2009\u00bb, termin\u00e9e\u2009? L\u2019huile ne repr\u00e9sente plus un danger\u2009; elle peut d\u00e9sormais circuler, sans bac de r\u00e9tention, et son niveau \u00eatre ma\u00eetris\u00e9 et v\u00e9rifi\u00e9. Le verre l\u2019emprisonne malgr\u00e9 tout toujours, bien que le cadre ait disparu pour focaliser nos regards sur le noir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A l\u2019occasion de cette m\u00eame exposition, une \u0153uvre en deux dimensions se concentre sur le tuyau, non pas montr\u00e9 en tant que tel, mais dont les circonvolutions sont photographi\u00e9es. Le tuyau transparent, rempli de la substance huileuse, y forme comme un trait noir \u00e9pais, aux propri\u00e9t\u00e9s plastiques et au pouvoir de r\u00e9flexion. La prise de vue est associ\u00e9e \u00e0 une eau-forte au trait et aquatinte dont les cercles semblent figurer eux une coupe dessin\u00e9e des tuyaux. Cette \u0153uvre est donc compos\u00e9e de deux \u00e9l\u00e9ments qui font contraste entre eux &#8211; le volume et la coupe, la plasticit\u00e9 et les deux dimensions &#8211; tout en \u00e9tant fortement unis pas le motif de la courbe. En 2002, sur le m\u00eame principe, c\u2019est une h\u00e9liogravure qui est tir\u00e9e d\u2019une photographie de tuyaux, jointe cette fois \u00e0 une aquatinte (ill. &#8211; gravures \/ double).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques ann\u00e9es plus tard, en 2005, pour son exposition personnelle au Mus\u00e9e Jurassien des Arts de Moutier, Romain Crelier lib\u00e8re pour la premi\u00e8re fois compl\u00e8tement l\u2019huile du verre qui la comprimait dans son bac (ills. &#8211; installations \/ bac et n\u00e9ons). Projet\u00e9 dans l\u2019huile directement, le reflet se fait plus plastique, plus profond. Le reflet de la lumi\u00e8re du plafond sur la surface huileuse est ici tellement partie int\u00e9grante de l\u2019\u0153uvre que l\u2019artiste va encore le renforcer en accumulant les n\u00e9ons au-dessus du bac, ce qui provoque un effet d\u2019opposition radicale entre le noir profond o\u00f9 le regard se perd et le blanc lumineux \u00e9blouissant \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Lors de l\u2019exposition \u00ab\u2009\u00e0 chacun sa for\u00eat\u2009\u00bb \u00e0 La Nef du Noirmont en 2010, le plasticien est confront\u00e9 en m\u00eame temps \u00e0 un th\u00e8me \u00e9voquant l\u2019ext\u00e9rieur et \u00e0 une architecture int\u00e9rieure religieuse baroque. Il r\u00e9sout l\u2019\u00e9quation en intervenant autour d\u2019un des piliers du b\u00e2timent, son arbre, l\u2019enracinant au sol dans une large mare d\u2019huile o\u00f9 le reflet lui conf\u00e8re une ampleur redoubl\u00e9e. Richard Wilson, artiste anglais, noie avec \u00ab\u200920:50\u2009\u00bb des espaces entiers de la Saatchi Gallery de Londres (o\u00f9 cette \u0153uvre est montr\u00e9e en permanence depuis 1991, mais dans des pi\u00e8ces diff\u00e9rentes) dans de l\u2019huile de vidange, \u00e0 hauteur de la taille, m\u00e9nageant juste un passage \u00e9troit au visiteur. Si l\u2019effet vertigineux est d\u00fb au reflet de la totalit\u00e9 de l\u2019espace, les angles de vision sont d\u00e9finis par le passage am\u00e9nag\u00e9. Romain Crelier privil\u00e9gie lui la circulation, autour de bacs dont la hauteur (7 centim\u00e8tres) est d\u00e9finie par le niveau minimum d\u2019huile suffisant pour former le reflet. Les bacs de r\u00e9tention retiennent \u00e0 la fois l\u2019huile et l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A Bellelay, il s\u2019agit de deux fois trois bacs ronds reli\u00e9s entre eux et pleins d\u2019huile de vidange usag\u00e9e. Les bacs, lib\u00e9r\u00e9s de toute accroche aux \u00e9l\u00e9ments architecturaux, sont pourtant en \u00e9troite interaction avec eux\u2009: par les reflets, par les diam\u00e8tres correspondant \u00e0 ceux des vo\u00fbtes des chapelles et par le nombre de deux fois trois r\u00e9pondant \u00e0 celui des chapelles du ch\u0153ur. Les ronds s\u2019articulent entre eux d\u2019une mani\u00e8re souple, nous promenant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent, nous contraignant parfois lorsqu\u2019ils nous acculent ou nous restreignent le passage, s\u2019imposant alors \u00e0 nous. De la plupart des points de vue, l\u2019installation n\u2019est pas saisissable enti\u00e8rement. Peut-\u00eatre fait-elle tache et se poursuit-elle en une longue s\u00e9rie, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, comme c\u2019\u00e9tait le cas \u00e0 Grandgourt\u2009? En tant que multiplicateur de nouvelles perspectives par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019infinis reflets possibles, ce travail est un v\u00e9ritable hommage \u00e0 l\u2019architecture baroque dans laquelle il s\u2019inscrit. Mais un hommage tout en contrastes\u2009: le noir r\u00e9agit au blanc, l\u2019intervention minimale de six \u00ab\u2009gouttes\u2009\u00bb d\u2019huile au sol r\u00e9pond \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 des motifs a\u00e9riens, et l\u2019odeur pestilentielle de la modernit\u00e9 a remplac\u00e9 l\u2019antique parfum s\u00e9ducteur de l\u2019encens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Festhalten<br>H\u00e9l\u00e8ne Joye-Cagnard<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Verliert der Besucher, der sich im Sommer 2013 in die Abteikirche Bellelay begibt, den Boden unter den F\u00fcssen? Tats\u00e4chlich scheinen g\u00e4hnende Abgr\u00fcnde im Fundament zu klaffen. Doch Lichtreflexe in den L\u00f6chern lassen den Gast rasch vermuten, dass es sich in Wirklichkeit um schwarze, gl\u00e4nzende Fl\u00e4chen handelt und er fasst wieder Tritt. Er erkennt, dass die wechselnden Spiegelungen durch ein Wechselspiel mit Licht und Architektur entstehen und sieht, wie sie die Ausdehnung des Raumes vervielfachen. Aus welchem Stoff m\u00f6gen wohl die schwarzen Fl\u00e4chen bestehen? Nicht aus Glas, Spiegeln oder poliertem Metall; es muss sich um eine besondere Fl\u00fcssigkeit handeln. Eine Fl\u00fcssigkeit, deren Z\u00e4higkeit eine gewisse Tr\u00e4gheit garantiert. Eine Fl\u00fcssigkeit, deren tiefes Schwarz den Blick des Betrachters verschluckt und gleichzeitig ein pechschwarz aufgeladenes Bild an die Oberfl\u00e4che zur\u00fcckwirft. Es handelt sich um gew\u00f6hnliches Motoren\u00f6l, noch dazu gebraucht und, wenn m\u00f6glich von dieselbetriebenen Lastwagen stammend! Romain Crelier hat sich in erster Linie f\u00fcr diesen Werkstoff entschieden, weil ihn die unterschiedliche Qualit\u00e4t und Dichte der Farbe Schwarz faszinieren, Eigenschaften, die er bis anhin in den Medien Tinte, Bleistift oder Grafit vorfand. Mit \u00d6l experimentiert er anfangs auch auf Papier, bevor er sehr z\u00fcgig beginnt, es wegen der ihm eigenen Formbarkeit einzusetzen.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1993 macht Roman Crelier einen ersten Versuch mit gebrauchtem Motoren\u00f6l. Er f\u00fcllt es in einen dicken Rahmen, den er aus einer doppelten Glaswand und einer Bleifassung zusammenbaut. Die Form erinnert an ein gerahmtes Bild, das aber am Boden aufgestellt ist. Oder besser gesagt in Bodenn\u00e4he, denn ein Auffangbecken aus verzinktem Blech steht unter dem Bild, um eine Kontaminierung der Umgebung zu verhindern, falls trotz der Einfassung Fl\u00fcssigkeit austreten sollte. Einzig dieses Auffangbecken weist auf die fl\u00fcssige Konsistenz des \u00d6ls und seine gef\u00e4hrlichen Eigenschaften hin. F\u00fcr den K\u00fcnstler z\u00e4hlt zu diesem Zeitpunkt nur die Farbe, noch nicht die Substanz als solche. Eine Substanz, die mit 25 Millimetern so dick bemessen ist, dass sie vollkommen lichtundurchl\u00e4ssig ist. Aus der gerahmten, schwarzen und eigenartig monochromen Oberfl\u00e4che hat sich jedes Bild verabschiedet. Allerdings birgt sie einen glatten, kalten und schwarzen Glanz in sich und wird so zu einer Projektions- und Spiegelfl\u00e4che f\u00fcr den Betrachter und seine Umgebung.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Das Werk wird in seinem Entstehungsjahr zweimal gezeigt, anl\u00e4sslich einer dem Selbstportr\u00e4t gewidmeten (!) Kollektivausstellung in der ehemaligen Jesuitenkirche von Pruntrut und an einer Einzelausstellung der Galerie du Tilleul in Perrefitte. Zwei Jahre zuvor hatte der K\u00fcnstler an einer Einzelausstellung im Prieur\u00e9 de Grandgourt eine Bodeninstallation aus sich wiederholenden, identischen Elementen gezeigt, die den Besucher von drinnen nach draussen f\u00fchrten (Ill. &#8211; installations \/ d\u00e9calage et pl\u00e2tre). Zu diesen Elementen geh\u00f6rten namentlich Zeichnungen unter Glas. Auch wenn das Glas hier vor allem die Zeichnungen sch\u00fctzen sollte, wird seine reflektierende Kraft bereits eingesetzt. Und auch Blei ist hier schon pr\u00e4sent: Dieses besondere, grau-nuancierte Schwarz wird den K\u00fcnstler in der Folge immer st\u00e4rker in seinen Bann ziehen.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nach dem ersten Experiment von 1993 sieht sich Roman Crelier noch im selben Jahr veranlasst, es um ein Werk zu erweitern, diesmal f\u00fcr eine Kollektivausstellung im Korridor der Hospitali\u00e8res im Untergeschoss des H\u00f4tel Dieu von Pruntrut. Das Glas ist diesmal matt geschliffen, so dass es das Licht absorbiert und ein fahles Schwarz ohne Glanz und Tiefe entsteht (Ill. &#8211; sculptures-objet \/ carr\u00e9 noir mat). Im Bleirahmen begegnen sich nun zwei schieferfarbene Graut\u00f6ne. Das Auffangbecken bleibt am Boden, die \u00ab\u00d6lmalerei\u00bb wird jedoch aufgeh\u00e4ngt und in formgenauer Wechselwirkung zu einer falschen \u00d6ffnung in der weissen Wand positioniert, die ihrerseits mit Steinen eingefasst ist.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Der K\u00fcnstler wird noch ein weiteres Mal mit matt geschliffenem Glas arbeiten, diesen Weg jedoch anschliessend aufgeben. Ab 1994 wendet sich Romain Crelier definitiv der Transparenz und der Spiegelung zu, die die Umgebung zum integralen Bestandteil seines Werks macht. In der Arbeit, die er f\u00fcr die alte Schaublin-Fabrik in Delsberg realisierte, l\u00e4sst er \u00d6l ins Auffangbecken laufen; es darf nun seine Fl\u00fcssigkeit offenbaren (Ill. &#8211; installations \/ amnesty). Seine wiedergefundene Freiheit bleibt aber unter dem weiterhin vorhandenen Glas noch teilweise beschr\u00e4nkt. Zwei doppelte, mund\u00e4hnliche und unverschlossene \u00d6ffnungen aus Talg erinnern an den Akt des Auff\u00fcllens. \u00dcber dem Auffangbecken ragt eine verwinkelte Konstruktion aus Stahlrohren in die H\u00f6he. Sie spielt humorvoll auf die zwei Quadratmeter Ausstellungsfl\u00e4che an, die jedem K\u00fcnstler der Kollektivausstellung zur Verf\u00fcgung gestellt wurde. Als Struktur dekonstruiert sie die Winkel des Werkes um sie gleichzeitig zu multiplizieren, denn ihre eigenen Winkel spiegeln sich ebenso im Glas wie die Umgebung.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Die Kollektivausstellung \u00abFreie zone franche\u00bb, die im Centre Rh\u00e9nan d\u2019Art Contemporain von Altkirch stattfand, markiert 1997 die R\u00fcckkehr zur Wand. Sieben quadratische Stahlblech-Rahmen, deren Herstellungsspuren noch zu sehen sind, ummanteln das hinter Glas eingeschlossene \u00d6l (Ill. &#8211; installations \/ sept carr\u00e9s noirs). Das Wechselspiel zwischen den schwarzen Bildern und einer weissen Mauer, die ihrerseits in der Gliederung des Werkes einen eigenen Rahmen findet, schafft eine starke, aber ausgeglichene Kontrastwirkung: weder Weiss noch Schwarz \u00fcberwiegen. Auch hier handelt es sich um ein Werk, das f\u00fcr einen bestimmten Ort geschaffen wurde und in den es sich gekonnt einf\u00fcgt. Das Auffangbecken ist erh\u00f6ht, ganz wie es die Serie unterstreichen und vereinheitlichen m\u00f6chte. Es bildet eine eigenst\u00e4ndige, quasi unabh\u00e4ngige Form, die den dar\u00fcber platzierten Quadraten fast die Schau stielt. Diese Anlage aus sieben Elementen tr\u00e4gt in sich bereits den Keim der n\u00e4chsten Etappe, die Romain Crelier im Jahre 2000 anl\u00e4sslich der Kollektivausstellung \u00abJura\u00bb in den sotterranei dell\u2019arte im Antico Monastero delle Agostiniane de Monte Carasso in Bellinzona realisiert. Das \u00d6l fliesst nun in Schl\u00e4uchen von einem Rahmen zum n\u00e4chsten (Ill. &#8211; installations \/ r\u00e9seau). Das serielle Werk setzt sich gem\u00e4ss dem K\u00fcnstler aus einem \u00abBasis-Kit\u00bb zusammen, das sich durch das Anschliessen weiterer Schl\u00e4uche \u2013 in Bellinzona waren es sieben \u2013 nach Belieben ausweiten liesse. Der Schlauch, der dem Einf\u00fcllen des \u00d6ls gedient hatte, bleibt sichtbar, ebenso wie der Trichter und zwei Kupplungsst\u00fccke. Die Installation l\u00e4sst an horizontale oder vertikale Verbindungsm\u00f6glichkeiten denken und birgt zahllose Varianten des Auff\u00fcllens und Entleerens der \u00d6lbeh\u00e4lter in sich. Wann ist ein Werk eigentlich \u00abvoll\u00bb, wann ist es abgeschlossen? Das \u00d6l stellt keine Gefahr mehr dar; es darf nun ohne Auffangbecken frei zirkulieren. Sein Stand kann eingestellt und \u00fcberpr\u00fcft werden. Trotzdem h\u00e4lt das Glas es weiterhin gefangen, obwohl der Rahmen verschwunden ist, um die Blicke des Betrachters ganz auf die schwarzen Fl\u00e4chen zu lenken.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">An der gleichen Ausstellung widmet sich ein zweidimensionales Werk dem Schlauch, der zwar nicht als solcher gezeigt wird, dessen Windungen jedoch fotografiert wurden. Ein durchsichtiger, \u00f6lgef\u00fcllter Schlauch bildet einen dicken schwarzen Strich, formbar und im Stande, seine Umgebung zu spiegeln. Der Aufnahme wird eine Strichradierung mit Aquatinta zur Seite gestellt, deren Kreise ein ausgeschnittenes Muster aus Schl\u00e4uchen darzustellen scheinen. Dieses Werk besteht also aus zwei kontrastierenden Elementen: dem Volumen und dem Schnitt, der K\u00f6rperlichkeit und der Zweidimensionalit\u00e4t. Sie werden durch das Motiv der Kurve kraftvoll vereint. 2002 wird dieses Prinzip wiederkehren, nun als Tiefdruck, der von einer Fotografie von Schl\u00e4uchen abgezogen und einer Aquatinta zur Seite gestellt wird (Ill. &#8211; gravures \/ double).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ein paar Jahre sp\u00e4ter, anl\u00e4sslich seiner Einzelausstellung im Mus\u00e9e Jurassien des Arts von Moutier 2005, befreit Romain Crelier das \u00d6l erstmals aus dem Glas, das es bis anhin in seinem Beh\u00e4lter zur\u00fcckhielt. Die direkt vom \u00d6l reflektierte Spiegelung wirkt k\u00f6rperhafter und tiefgr\u00fcndiger (Ill. &#8211; installations \/ bac et n\u00e9ons). Um den Widerschein der Deckenbeleuchtung auf der \u00f6ligen Fl\u00e4che noch st\u00e4rker ins Werk zu integrieren, stockt der K\u00fcnstler die Anzahl Neonlampen \u00fcber dem Beh\u00e4lter auf. Dadurch gelingt ihm ein Effekt der radikalen Opposition zwischen der tiefschwarzen Fl\u00e4che, worin der Blick sich verliert und dem weissen, blendenden Strahlen des Lichts.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2010 wird der Plastiker an einer Ausstellung in La Nef du Noirmont unter dem Titel \u00ab\u00e0 chacun sa for\u00eat\u00bb mit einem Thema konfrontiert, das auf die Aussenwelt anspielt, jedoch in einem religi\u00f6sen, barocken Raum umgesetzt werden soll. Er l\u00f6st die Aufgabe, indem er um eine S\u00e4ule des Geb\u00e4udes herum interveniert. Indem er diese in einer grossen Lache \u00d6l am Boden verwurzelt, verwandelt er sie in einen Baum und kann diesen ins Unendliche spiegeln. \u2013 In der Londoner Saatchi Gallery ertr\u00e4nkt der englische K\u00fcnstler Richard Wilson f\u00fcr sein Werk \u00ab20:50\u00bb ganze R\u00e4ume in gebrauchtem Motoren\u00f6l. Das Werk wird seit 1991 in wechselnden S\u00e4len st\u00e4ndig ausgestellt. Seine Wirkung ist schwindelerregend, denn die Spiegelung erfasst den gesamten Raum. Das \u00d6l steht h\u00fcfthoch, f\u00fcr den Besucher wird nur ein schmaler Durchgang freigelassen, der gleichzeitig die Blickwinkel definiert. \u2013 Romain Crelier favorisiert hingegen freie Rundg\u00e4nge um seine Beh\u00e4lter, deren H\u00f6he (7 Zentimeter) durch das Minimalniveau bestimmt wird, das er ben\u00f6tigt, um eine Spiegelung zu erreichen. Die Beh\u00e4lter halten gleichzeitig das \u00d6l und das Bild fest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">In Bellelay installiert er zweimal drei Beh\u00e4lter, verbindet sie untereinander und f\u00fcllt sie mit gebrauchtem Motoren\u00f6l. Obwohl die Beh\u00e4lter an den architektonischen Elementen nicht befestigt sind, interagieren sie eng damit: durch die Spiegelungen, durch die Durchmesser, die denjenigen der Arkadengew\u00f6lbe entsprechen und durch ihre Anzahl, die sich an der Zahl der Kapellen des Chors orientiert. Die Kreise sind frei angeordnet und f\u00fchren den Besucher ins Innere des Geb\u00e4udes. Manchmal dr\u00e4ngen sie sich ihm auf und er muss ihnen ausweichen, wenn sie ihn in die Enge zwingen oder ihm den Weg versperren. Die Installation kann von den meisten Standpunkten aus nicht als Ganzes erfasst werden. Vielleicht breitet sie sich aus und geht in einer langen Serie weiter, wie dies in Grandgourt der Fall war.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Als Multiplikator von neuen Perspektiven, die uns mit Hilfe von unendlich vielen Spiegelungsm\u00f6glichkeiten vermittelt werden, ist diese Arbeit eine eigentliche Hommage an die barocke Architektur, die sie beherbergt. Und eine kontrastreiche W\u00fcrdigung noch dazu: Schwarz reagiert auf Weiss, eine minimale Intervention aus sechs \u00ab\u00d6ltropfen\u00bb antwortet auf die Vielfalt der luftigen Motive und der pestartige Geruch der Moderne ersetzt die antiken Verf\u00fchrungen des Weihrauchdufts.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte du catalogue de Bellelay 2013 R\u00e9tention H\u00e9l\u00e8ne Joye-Cagnard Le sol se d\u00e9roberait-il sous les pieds du visiteur qui se rend dans l\u2019abbatiale de Bellelay en \u00e9t\u00e9 2013\u2009? De larges ouvertures b\u00e9antes semblent en effet ouvrir le sol. Mais ces trous se comblent bien vite, gr\u00e2ce aux reflets qui animent ce qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre &hellip; <a href=\"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/titre\/helene-joye-cagnard\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">H\u00e9l\u00e8ne Joye-Cagnard<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"parent":11,"menu_order":2,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-341","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/341","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=341"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/341\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1219,"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/341\/revisions\/1219"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/11"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=341"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}