{"id":330,"date":"2024-11-11T19:18:07","date_gmt":"2024-11-11T19:18:07","guid":{"rendered":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/?page_id=330"},"modified":"2024-11-11T19:47:05","modified_gmt":"2024-11-11T19:47:05","slug":"valentine-reymond","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/dugoudronetdesplumeseditions.ch\/romain_crelier\/titre\/valentine-reymond\/","title":{"rendered":"Valentine Reymond"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00a0Texte catalogue Moutier 2005<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">JEUX DE CONSTRUCTION<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">par Valentine Reymond<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019oeuvre de Romain Crelier s\u2019affirme dans des formes et des volumes simples qui s\u2019imposent par leur pr\u00e9sence in\u00e9luctable. Ses interventions dans l\u2019espace et ses volumes sont gouvern\u00e9s par le principe de la construction. Ils oscillent entre le statut de sculpture et celui d\u2019architecture, ou plus r\u00e9cemment celui du mobilier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s sa formation \u00e0 la Schule f\u00fcr Gestaltung de B\u00e2le, de 1987 \u00e0 1990, Romain Crelier cherche \u00e0 dialoguer avec l\u2019architecture du lieu o\u00f9 il expose. Il estime que cr\u00e9er un objet sans relation avec le lieu \u00e9quivaut \u00e0 l\u2019activit\u00e9 \u00abd\u2019un bijoutier qui fait du grand format\u00bb. Dans un d\u00e9p\u00f4t d\u00e9saffect\u00e9, il place ainsi un tapis de pl\u00e2tre qui perturbe l\u2019espace par son emplacement en biais et qui isole des \u00e9l\u00e9ments architectoniques existants (pilier, rampe d\u2019escalier), les transformant en sculptures (ills. &#8211; installations \/ un d\u00e9calage). Son intervention entre en r\u00e9sonance avec l\u2019architecture tout en la perturbant. L\u2019artiste suit le m\u00eame principe en 1991 dans le couloir de l\u2019ancienne abbaye de Grandgourt (ill. installations \/ d\u00e9calage et pl\u00e2tre). Des parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8des en bois recouverts de plomb, pos\u00e9s sur des papiers graphit\u00e9s sous plaques de verre, se succ\u00e8dent en diagonale sur le sol et se prolongent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du couvent. Le contact physique avec l\u2019architecture s\u2019\u00e9tablit par les reflets des vo\u00fbtes et de la lumi\u00e8re ext\u00e9rieure, diffus\u00e9s par les feuilles de graphite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Romain Crelier diversifie son dialogue avec l\u2019architecture. M\u00eame un objet unique, pos\u00e9 au sol, qui para\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue autonome s\u2019y r\u00e9f\u00e8re. C\u2019est le cas d\u2019une sorte de tunnel (ill. 2 &#8211; installations \/ d\u00e9calage et pl\u00e2tre) en pl\u00e2tre qui \u00e9voque le conduit invisible de la chemin\u00e9e devant laquelle il est plac\u00e9. Construit sur le mode d\u2019une spirale, il se d\u00e9roule comme un fragment, une section de quelque chose de plus grand. Ce principe du fragment, ou du module r\u00e9p\u00e9t\u00e9 tel le parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de de Grangourt, joue un r\u00f4le important chez Romain Crelier. Il permet de donner \u00e0 ses oeuvres une valeur de proposition plut\u00f4t qu\u2019une dimension d\u00e9finitive. Dans plusieurs s\u00e9ries d\u2019objets ou de reliefs (ills. &#8211; installations \/ d\u00e9calage et pl\u00e2tre &#8211; sculpture-objet \/ pl\u00e2tre peint \/ 4E \/ architecture), l\u2019artiste a d\u00e9velopp\u00e9 ce principe du module de base r\u00e9p\u00e9titif &#8211; une forme simple qui ne varie que par des d\u00e9tails ou par son orientation. Le mode de la r\u00e9p\u00e9tition a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par des artistes minimalistes comme Donald Judd ou Frank Stella pour se distancer de la composition traditionnelle, qui donne plus de valeur \u00e0 certaines parties de l\u2019oeuvre qu\u2019\u00e0 d\u2019autres. Mais Romain Crelier l\u2019utilise aussi comme un jeu de construction, o\u00f9 il combine les modules, un processus qui \u00e9voque l\u2019architecture. Dans une oeuvre r\u00e9cente, l\u2019imbrication de chaises invite le spectateur \u00e0 imaginer d\u2019autres variations possibles (ills. &#8211; sculptures-objet \/ chaises).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Romain Crelier est aussi intervenu dans l\u2019espace public avec des oeuvres plac\u00e9es en ext\u00e9rieur, qui compl\u00e8tent ou commentent l\u2019architecture existante. Sur la tour des Fours \u00e0 chaux de Saint-Ursanne, en collaboration avec Arno Hassler et St\u00e9phane Montavon, il a construit en 2002 un phare qui signale ce lieu, anim\u00e9 par des concerts et des expositions, loin \u00e0 la ronde (ills. -installations \/ le phare). La situation paradoxale de ce phare, dans un lieu entour\u00e9 par les montagnes, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de la mer, lui donne une dimension \u00e9trange et po\u00e9tique. Il semble faire \u00e9cho, de loin, \u00e0 une poche d\u2019eau de mer, vieille de 300 millions d\u2019ann\u00e9es, qui vient d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e dans la r\u00e9gion. Si Romain Crelier est ici intervenu directement sur l\u2019architecture, il l\u2019accompagne et la commente dans un projet r\u00e9cent pour le b\u00e2timent administratif de la rue de la Jeunesse \u00e0 Del\u00e9mont (ills. -installations \/ unplusun\u00e9galtrois). Pos\u00e9 le long du b\u00e2timent, son parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de en b\u00e9ton para\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue \u00eatre un objet ind\u00e9pendant du lieu o\u00f9 il est plac\u00e9. Mais son volume, qui est la r\u00e9duction au dixi\u00e8me du gabarit du b\u00e2timent, rappelle les proportions de l\u2019architecture. De plus, sa forme oblongue et son coloris rouge \u00e9voquent un mat\u00e9riau de construction comme la brique, tout en cr\u00e9ant un contraste avec le vert du b\u00e2timent. \u00abMa d\u00e9marche est presque de la sculpture en sens inverse. Je suis parti d\u2019un objet architectural pour r\u00e9aliser une sculpture qui est abstraite, mais qui contient cette r\u00e9f\u00e9rence au gabarit de l\u2019architecture\u00bb, explique l\u2019artiste. Cette intervention minimale, incisive et directe, montre la maturit\u00e9 de la d\u00e9marche de Romain Crelier dans son dialogue avec l\u2019architecture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pos\u00e9s directement au sol, les objets de Romain Crelier \u00e9vacuent le socle traditionnel du domaine de la sculpture, un principe adopt\u00e9 par les constructivistes russes \u00e0 partir de 1916-17. Descendus de leur pi\u00e9destal, ses objets s\u2019int\u00e8grent dans l\u2019espace r\u00e9el. Mais l\u2019artiste peut aussi citer, sur un ton ironique, une forme d\u2019art traditionnel. C\u2019est le cas du tableau de chevalet, dans une s\u00e9rie d\u2019oeuvres r\u00e9alis\u00e9es avec de l\u2019huile de vidange (ills. &#8211; installations \/ sept carr\u00e9s noirs -sculptures-objets \/ carr\u00e9 noir). Vers\u00e9e entre deux verres encadr\u00e9s de plomb, l\u2019huile de vidange devient un superbe monochrome noir, \u00e0 la profondeur \u00e9tonnante. Le d\u00e9chet change de statut et devient oeuvre d\u2019art. Il est l\u00e0 pour \u00eatre admir\u00e9 au lieu d\u2019\u00eatre m\u00e9pris\u00e9. Mais il sugg\u00e8re aussi un risque, un danger. Le verre pourrait casser, et l\u2019huile se d\u00e9verser aux pieds du spectateur. C\u2019est ce que sugg\u00e8re le bac de r\u00e9tention pos\u00e9 au sol, dont la grandeur est proportionnelle \u00e0 la quantit\u00e9 d\u2019huile contenue dans le \u00abtableau\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019int\u00e9r\u00eat de Romain Crelier pour le noir provient de sa pratique de la gravure. Il utilise l\u2019eau-forte, l\u2019aquatinte ou l\u2019h\u00e9liogravure en jouant sur les valeurs du noir au blanc. Cet int\u00e9r\u00eat se traduit aussi par des dessins au graphite d\u2019une densit\u00e9 de noirs et de gris exceptionnelle. Son premier recours \u00e0 ce m\u00e9dium remonte \u00e0 son installation pour le couloir de l\u2019ancienne abbaye de Grangourt, en 1991. Le papier graphit\u00e9 grossi\u00e8rement, pos\u00e9 sous les parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8des, servait principalement \u00e0 un effet miroir. Parall\u00e8lement, il r\u00e9alisait \u00e0 Paris des dessins ind\u00e9pendants. Et depuis lors, il a cr\u00e9\u00e9 plusieurs s\u00e9ries dans cette technique. \u00abC\u2019est devenu une sorte de fil conducteur pour mon travail\u00bb souligne l\u2019artiste (ills. &#8211; dessins \/ graphite). Sur le papier, parfois huil\u00e9 au pr\u00e9alable, Romain Crelier proc\u00e8de par un geste r\u00e9p\u00e9titif du crayon. Durant quatre ou cinq jours d\u2019affil\u00e9e, il poursuit ce principe obsessionnel jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ait abouti \u00e0 une certaine densit\u00e9 de la mati\u00e8re.&nbsp; Enserr\u00e9 dans des formes courbes ou se d\u00e9veloppant sur toute la surface de la feuille, le graphite para\u00eet alors s\u2019animer, se gonfler. Il acquiert une pr\u00e9sence physique aussi forte qu\u2019un volume pos\u00e9 dans l\u2019espace. \u00abCe type de travail demande une appr\u00e9hension directe. Il n\u2019y a pas de point de fuite, le spectateur est plac\u00e9 devant une qualit\u00e9 de dessin. Soit il passe devant sans le regarder, sois il s\u2019y arr\u00eate, y entre, s\u2019y laisser happer\u00bb, comme l\u2019explique l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La relation avec le spectateur est, on le voit, une chose importante pour Romain Crelier, et elle le devient de plus en plus. Depuis quelques ann\u00e9es, il cherche \u00e0 cr\u00e9er un lien plus direct entre ses objets et le spectateur, en citant des \u00e9l\u00e9ments de notre quotidien. Pas n\u2019importe quels \u00e9l\u00e9ments, bien s\u00fbr, mais ceux qui sont li\u00e9s \u00e0 l\u2019architecture. En dehors des chaises, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9es, fauteuils ou biblioth\u00e8ques (ills. &#8211; Installations \/ biblioth\u00e8que) nous renvoient directement \u00e0 nos int\u00e9rieurs domestiques, \u00e0 des volumes et des dimensions que nous connaissons bien. Mais leur forte et lourde pr\u00e9sence, due au b\u00e9ton brut utilis\u00e9 par l\u2019artiste, les rend \u00e9tranges et les met en retrait par rapport \u00e0 leur fonction habituelle. S\u2019agit-il de pi\u00e8ces de mobilier ou de \u00absculptures\u00bb comme leur titre l\u2019indique? Romain Crelier joue sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du statut de ces objets pour interroger le spectateur. Par le mat\u00e9riau utilis\u00e9, il leur donne une dimension architecturale. Et il cr\u00e9e de nouveaux espaces en combinant fauteuils et biblioth\u00e8ques dans le lieu d\u2019exposition. Une sorte d\u2019architecture, sans mur, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019architecture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le th\u00e8me majeur de la sculpture traditionnelle \u00e9tait la figure humaine. Elle engageait ainsi le spectateur \u00e0 se projeter dans l\u2019oeuvre. Romain Crelier fait rena\u00eetre aujourd\u2019hui par un autre biais, la dimension architecturale ou domestique, une relation famili\u00e8re et physique entre le spectateur et ses \u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ENTRETIEN<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Comment en es-tu venu \u00e0 utiliser le b\u00e9ton pour tes sculptures r\u00e9centes, et \u00e0 faire r\u00e9f\u00e9rence au mobilier?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre 1999 et 2002 je n\u2019ai pratiquement pas r\u00e9alis\u00e9 d\u2019objet. J\u2019ai fait beaucoup de gravure. Je n\u2019avais plus envie de continuer avec l\u2019huile de vidange, et je me suis donn\u00e9 le temps pour chercher un nouveau mat\u00e9riau. C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019\u00e9poque o\u00f9 j\u2019ai install\u00e9 mon atelier actuel, et o\u00f9 j\u2019ai dirig\u00e9 l\u2019Espace d\u2019art contemporain \u2018\u2018les halles\u2019\u2019 de Porrentruy. Ensuite, pour mon exposition chez Yves Riat (Courant d\u2019Art, Chevenez, 2002), j\u2019ai eu envie de montrer quelques volumes. Le b\u00e9ton m\u2019int\u00e9ressait depuis pas mal de temps, et j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9aliser dans ce mat\u00e9riau un objet banal, identifiable tout de suite, m\u00eame confortable puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un fauteuil, et de l\u2019intituler \u00absculpture\u00bb. Je le propose donc comme sculpture et non comme une pi\u00e8ce de mobilier, je le mets en retrait par rapport \u00e0 sa fonction habituelle, je joue avec lui. C\u2019est ce que j\u2019ai aussi fait par la suite avec la biblioth\u00e8que (ill. -installation \/ biblioth\u00e8que). La question qui m\u2019int\u00e9resse c\u2019est de savoir jusqu\u2019\u00e0 quel degr\u00e9 c\u2019est de la sculpture, et jusqu\u2019\u00e0 quel degr\u00e9 c\u2019est un objet quotidien. L\u2019id\u00e9e du fauteuil m\u2019a permis d\u2019entrer dans l\u2019univers domestique et de cr\u00e9er un rapport plus direct avec le public. Je referai une installation avec des fauteuils en b\u00e9ton au Mus\u00e9e jurassien des Arts de Moutier, mais cette fois-ci il y en aura un \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Dans cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019univers domestique dans ton oeuvre il y a les ampoules, les fauteuils, les biblioth\u00e8ques, les chaises&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui. Depuis deux ou trois ans, j\u2019ai voulu me distancier d\u2019un univers de cr\u00e9ation trop abstrait en r\u00e9alisant des objets qui ont un lien plus direct avec le public, et qui sont plus ambigus au niveau de leur statut. Pour prendre l\u2019exemple des chaises en bois, c\u2019est une proposition qui se situe entre la sculpture et le meuble (ills. -sculpture-objet \/chaises). C\u2019est une sculpture construite avec des \u00e9l\u00e9ments qu\u2019on associe habituellement \u00e0 des chaises. Cela permet de cr\u00e9er le doute dans l\u2019esprit du spectateur. D\u2019ailleurs, dans des pi\u00e8ces ant\u00e9rieures o\u00f9 il y avait une dimension architecturale, je faisais aussi le lien avec le r\u00e9el.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour cette \u0153uvre, je suis parti d\u2019un module tr\u00e8s simple, une chaise, et suis arriv\u00e9 \u00e0 inspirer le doute dans l\u2019esprit des spectateurs sur le nombre de chaises qu\u2019il y a dans l\u2019\u0153uvre. Certains m\u2019ont dit qu\u2019ils ont vu trois chaises, d\u2019autres cinq. Cela fait partie du jeu. L\u2019id\u00e9e du jeu est importante pour ma cr\u00e9ation. Je pars souvent d\u2019un module que je peux multiplier, avec lequel je peux jouer comme avec une brique de LEGO. Cela me permet de ne pas cr\u00e9er quelque chose de d\u00e9finitif, de rester dans une id\u00e9e de proposition. Le spectateur qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 une de mes \u0153uvres, peut ainsi \u00e9ventuellement s\u2019imaginer reconstruire quelque chose d\u2019autre avec les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments. Le fait de cr\u00e9er plusieurs \u00e9l\u00e9ments de m\u00eame format, et de les combiner comme des modules dans une construction, permet de mettre en porte-\u00e0-faux l\u2019id\u00e9e de sculpture fig\u00e9e pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019architecture joue-t-elle un r\u00f4le dans ce type de travail?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, dans le sens o\u00f9 ces chaises sont \u00e0 \u00e9chelle humaine. Non, parce que je ne choisis pas toujours le lieu dans lequel elles seront expos\u00e9es. Bien s\u00fbr, l\u2019architecture joue un grand r\u00f4le quand je fais un travail in situ. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce qui concerne l\u2019ampoule, j\u2019ai voulu traiter un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel pour mon travail, la lumi\u00e8re, qui est primordiale dans les arts visuels. C\u2019est parfois bien de l\u2019utiliser au pied de la lettre, comme je l\u2019ai fait avec cette ampoule en plomb plac\u00e9e devant un caisson lumineux. En inversant simplement la fonction des objets, on&nbsp; arrive \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019image. Ici, au lieu d\u2019\u00e9clairer le tableau, l\u2019ampoule en plomb absorbe la lumi\u00e8re qui vient du tableau. L\u2019inversion permet de donner une lisibilit\u00e9 plus directe aux choses. Dans une version h\u00e9liograv\u00e9e de ce th\u00e8me, ce processus appara\u00eet comme un n\u00e9gatif, alors que ce n\u2019est&nbsp; pas le cas (ill. page de couverture). Cela provoque un doute chez le spectateur. J\u2019ai con\u00e7u cette \u0153uvre comme une &nbsp;simple inversion des choses. L\u2019ampoule n\u2019\u00e9claire pas mais est \u00e9clair\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019ampoule est en plomb, les chaises sont en bois, tu as utilis\u00e9 \u00e0 chaque fois des mat\u00e9riaux diff\u00e9rents. Mais tu as construit tes \u00abfauteuils\u00bb et tes \u00abbiblioth\u00e8ques\u00bb dans une seule technique, &nbsp; le b\u00e9ton. Est-ce pour cr\u00e9er un lien plus fort entre ces objets?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fauteuil en b\u00e9ton \u00e9tait le premier \u00e9l\u00e9ment de la r\u00e9f\u00e9rence au mobilier. D\u00e8s le d\u00e9part, j\u2019ai pens\u00e9 faire ensuite, une biblioth\u00e8que, une table, un lit, et ainsi de suite dans le m\u00eame mat\u00e9riau, en introduisant \u00e0 chaque exposition un \u00e9l\u00e9ment suppl\u00e9mentaire. Le fauteuil seul \u00e9tait encore un objet. Mais, d\u00e8s que j\u2019ai introduit la biblioth\u00e8que, cela a cr\u00e9\u00e9 un espace (ills. &#8211; installations \/ biblioth\u00e8que). Par la suite, je pourrai recr\u00e9er une chambre dans un espace, m\u00eame dans une grande salle d\u2019exposition, sans monter de mur. L\u2019id\u00e9e d\u2019un lieu intime ne sera sugg\u00e9r\u00e9e que par &nbsp; la seule pr\u00e9sence des meubles en b\u00e9ton. Avec toujours l\u2019id\u00e9e du b\u00e9ton en kit, d\u00e9montable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Est-ce que tu varies les types, les styles de fauteuils?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non. Je ne m\u2019int\u00e9resse pas aux diff\u00e9rents styles de fauteuils. Je fais r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un arch\u00e9type, imm\u00e9diatement identifiable. Et j\u2019\u00e9vite l\u2019impression de r\u00e9exposer plusieurs fois le m\u00eame objet, en l\u2019associant \u00e0 chaque fois avec d\u2019autres pi\u00e8ces de mobilier ou en le disposant diff\u00e9remment dans l\u2019espace. Ici, au Mus\u00e9e jurassien des Arts de Moutier, je mettrai deux fauteuils et une biblioth\u00e8que, comme je l\u2019ai fait au Kunstpanorama de Lucerne en 2004. Mais \u00e9tant donn\u00e9 la configuration du lieu, cela sera compl\u00e8tement diff\u00e9rent. Je placerai un fauteuil dehors, sur un socle pour qu\u2019il soit \u00e0 la m\u00eame hauteur que le sol de la salle d\u2019exposition. Donc, je recr\u00e9erai un espace en associant l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur. La r\u00e9alisation de ces pi\u00e8ces que je fais moi-m\u00eame prend beaucoup de temps. Chaque \u00e9l\u00e9ment a son coffrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Pour quelle raison as-tu choisi le b\u00e9ton? Parce qu\u2019il est utilis\u00e9 dans l\u2019architecture, pour sa couleur, son poids?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019aime la qualit\u00e9 du b\u00e9ton. J\u2019utilise un m\u00e9lange standard, sans colorant dans la masse, pour qu\u2019on l\u2019identifie tout de suite comme du b\u00e9ton. C\u2019est un mat\u00e9riau qui d\u00e9gage l\u2019\u00e9nergie que l\u2019artiste met pour le manipuler. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 faire un fauteuil en bois, mais je risquais de tomber dans un usage \u00e9tabli. Le b\u00e9ton est habituellement utilis\u00e9 en ext\u00e9rieur. Cela me permet d\u2019interroger le spectateur par rapport \u00e0 l\u2019objet. Le b\u00e9ton est aussi connot\u00e9 plut\u00f4t n\u00e9gativement dans notre soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est un peu comme l\u2019huile de vidange, cela m\u2019int\u00e9resse de travailler avec un mat\u00e9riau commun, plut\u00f4t qu\u2019avec des mati\u00e8res plus luxueuses comme le bois ou le bronze. De plus, le b\u00e9ton cr\u00e9e directement une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019architecture. Cela m\u2019a frapp\u00e9 avec les deux biblioth\u00e8ques que j\u2019ai install\u00e9es \u00e0 Bex cet \u00e9t\u00e9 (exposition Bex et Arts, domaine de Szilassy, Bex). Evidemment, la forme de la biblioth\u00e8que renvoie aussi \u00e0 l\u2019architecture, mais le mat\u00e9riau, sa pr\u00e9sence, jouent un grand r\u00f4le. Enfin, le b\u00e9ton m\u2019int\u00e9resse parce qu\u2019il faut le travailler en n\u00e9gatif, sur le coffrage. Le r\u00e9sultat est donc diff\u00e9r\u00e9, comme dans le processus de la gravure. Cela laisse beaucoup de place \u00e0 la conception.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je mets en \u00e9vidence le caract\u00e8re d\u00e9montable des pi\u00e8ces de mobilier pour souligner la structure. Mais cela me permet aussi de travailler seul. Je peux couler les \u00e9l\u00e9ments et les d\u00e9placer moi-m\u00eame, puisqu\u2019ils ne d\u00e9passent jamais cinquante kilos.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Texte catalogue Moutier 2005 JEUX DE CONSTRUCTION par Valentine Reymond L\u2019oeuvre de Romain Crelier s\u2019affirme dans des formes et des volumes simples qui s\u2019imposent par leur pr\u00e9sence in\u00e9luctable. Ses interventions dans l\u2019espace et ses volumes sont gouvern\u00e9s par le principe de la construction. 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